Cession de parts de SCI : une réforme qui change les règles du jeu pour les investisseurs et les professionnels du financement
Les sociétés civiles immobilières (SCI) sont devenues un outil incontournable de détention et de transmission du patrimoine immobilier. Elles permettent d’organiser la propriété d’un bien entre plusieurs associés, de préparer une succession, de faciliter l’acquisition d’un immeuble ou encore de réaliser des investissements locatifs.
Jusqu’à présent, la cession de parts sociales d’une SCI pouvait être réalisée relativement simplement par un acte sous seing privé signé entre les parties.
Cette pratique va profondément évoluer.
La loi relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, validée pour l’essentiel par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2026-904 DC, instaure un nouveau formalisme obligatoire pour les cessions de titres de sociétés à prépondérance immobilière.
Cette réforme ne concerne pas uniquement les juristes. Elle aura également des conséquences concrètes pour les investisseurs, les chefs d’entreprise, les conseillers en gestion de patrimoine, les courtiers en crédit et les établissements bancaires.
Une réforme destinée à sécuriser les cessions de parts sociales
L’objectif du législateur est clair : renforcer la traçabilité des opérations portant sur des sociétés détenant principalement des biens immobiliers.
Les pouvoirs publics considèrent que les cessions de parts sociales réalisées par simple acte sous seing privé pouvaient favoriser certaines fraudes fiscales, des montages opaques ou compliquer l’identification des bénéficiaires effectifs.
Pour répondre à ces difficultés, un nouvel article 1865-1 est créé dans le Code civil.
Désormais, certaines cessions devront respecter un formalisme renforcé.
Ce que prévoit le nouvel article 1865-1 du Code civil
À compter de l’entrée en vigueur de la loi, les cessions de parts sociales ou d’actions de sociétés à prépondérance immobilière devront être établies :
- par acte authentique reçu par un notaire ;
- ou par un acte contresigné par un avocat ;
- ou par un acte établi par un expert-comptable dans les conditions prévues par la loi.
Cette exigence est particulièrement importante puisqu’elle est prévue à peine de nullité.
Autrement dit, une cession réalisée sans respecter ce formalisme pourra être annulée.
Il ne s’agit donc pas d’une simple formalité administrative mais d’une condition de validité de l’acte.
Qu’est-ce qu’une société à prépondérance immobilière ?
Beaucoup de professionnels pensent immédiatement aux SCI.
En réalité, le champ d’application est plus large.
Une société est considérée comme étant à prépondérance immobilière lorsque l’essentiel de son actif est constitué de biens ou de droits immobiliers.
Sont notamment concernées :
- les SCI familiales ;
- les SCI d’investissement ;
- certaines SARL familiales ;
- certaines SAS patrimoniales ;
- certaines holdings détenant principalement un patrimoine immobilier.
Chaque situation devra naturellement être analysée au regard des critères fiscaux applicables.
Pourquoi cette réforme ?
Cette évolution poursuit plusieurs objectifs.
Le premier consiste à renforcer la sécurité juridique des cessions.
Le second vise à améliorer la lutte contre :
- la fraude fiscale ;
- la fraude sociale ;
- le blanchiment de capitaux ;
- le financement du terrorisme.
Les professionnels désormais chargés d’établir ces actes sont tous soumis à des obligations strictes de vigilance, d’identification des parties et de déclaration en matière de lutte contre le blanchiment (LCB-FT).
Le législateur souhaite ainsi limiter les risques de cessions dissimulées ou insuffisamment contrôlées.
Des conséquences pratiques pour les associés de SCI
Cette réforme aura plusieurs effets immédiats.
- Le coût d’une cession de parts augmentera généralement puisqu’un professionnel devra désormais intervenir.
- Les délais de réalisation pourront également être légèrement plus longs afin de permettre les vérifications nécessaires.
- Les associés devront fournir davantage de documents justificatifs concernant leur identité, l’origine des fonds ou encore la situation de la société.
Pour les transmissions familiales, les donations ou les réorganisations patrimoniales, cette nouvelle étape devra être intégrée dans le calendrier de l’opération.
Une réforme qui concerne aussi les professionnels du crédit
Cette évolution intéresse directement les établissements prêteurs et les courtiers spécialisés dans le financement patrimonial.
De nombreuses opérations financées par les banques reposent en effet sur une cession de parts de SCI.
On peut citer notamment :
- le rachat des parts d’un associé ;
- les sorties d’indivision organisées via une SCI ;
- les rachats de soulte ;
- les transmissions familiales ;
- les restructurations patrimoniales ;
- les acquisitions d’immeubles détenus par une SCI.
Lorsque la cession constitue une condition préalable au financement, la conformité juridique de l’acte devient un élément essentiel du dossier bancaire.
Une irrégularité pourrait retarder, voire empêcher, le déblocage des fonds.
Le courtier en crédit devra donc vérifier très en amont que le calendrier juridique est cohérent avec le calendrier bancaire.
Anticiper les conséquences sur le financement
Pour les investisseurs, il devient indispensable d’intégrer ce nouveau formalisme dès la préparation de leur projet.
Il ne suffira plus de trouver un accord entre associés.
Il faudra également prévoir :
- le choix du professionnel chargé de rédiger l’acte ;
- le délai nécessaire à son intervention ;
- les coûts supplémentaires ;
- la coordination avec le notaire, l’avocat, l’expert-comptable et le prêteur.
Cette anticipation permettra d’éviter les retards lors de la signature des financements.
Le rôle du courtier devient encore plus stratégique
Le financement d’une SCI est rarement un simple crédit immobilier.
Chaque établissement bancaire applique ses propres critères.
- Certains financent les SCI familiales.
- D’autres privilégient les SCI patrimoniales.
- D’autres encore acceptent le financement de parts sociales, les rachats de soulte, les acquisitions de parts ou les investissements locatifs.
Le courtier intervient alors comme coordinateur entre tous les intervenants du dossier.
Il veille à la cohérence du montage juridique, financier et bancaire afin de limiter les risques de blocage.
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- le financement de l’acquisition de parts de SCI ;
- le rachat de soulte entre associés ;
- les financements de SCI patrimoniales ou familiales ;
- les refinancements avec garantie hypothécaire ;
- les opérations de restructuration patrimoniale ;
- le financement de parts de SCPI détenues via une SCI lorsque le projet le permet.
Chaque dossier fait l’objet d’une analyse préalable afin de vérifier la faisabilité juridique, la cohérence du montage et les critères d’intervention des partenaires bancaires.
L’objectif n’est pas uniquement d’obtenir un accord de financement, mais de construire une opération juridiquement sécurisée et adaptée aux besoins du client.
Ce qu’il faut retenir
La réforme du formalisme des cessions de parts de sociétés à prépondérance immobilière constitue une évolution majeure du droit patrimonial.
Si elle augmente les exigences lors des cessions, elle renforce également la sécurité juridique des opérations.
Pour les investisseurs comme pour les professionnels du crédit, cette évolution rappelle une règle essentielle : un financement réussi commence toujours par un montage juridique solide.
Dans les dossiers impliquant une SCI, l’anticipation des formalités, la coordination entre les différents professionnels et le choix d’une solution de financement adaptée seront plus que jamais les clés de la réussite.
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