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Prêt hypothécaire : pourquoi la France pourrait enfin rattraper son retard

En France, prononcer le mot « hypothèque » provoque encore souvent une réaction de méfiance. Pour beaucoup d’emprunteurs, hypothéquer son logement signifie prendre un risque important, voire mettre son patrimoine en danger.

Cette perception est très française.

Dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni, utiliser la valeur de son patrimoine immobilier pour obtenir un financement est beaucoup plus courant. L’immobilier n’y est pas seulement considéré comme un patrimoine à conserver ou à transmettre. Il constitue également une réserve de valeur susceptible d’être mobilisée lorsqu’un besoin de financement apparaît.

La France commence seulement à redécouvrir cette logique.

Et dans un pays qui vieillit, où une part considérable du patrimoine est détenue par les générations les plus âgées et où plusieurs milliers de milliards d’euros vont être transmis dans les prochaines années, le prêt hypothécaire pourrait progressivement changer de dimension.

À l’étranger, mobiliser son patrimoine immobilier est beaucoup plus naturel

La comparaison internationale doit être maniée avec prudence car les produits ne sont pas strictement identiques d’un pays à l’autre. Mais les ordres de grandeur montrent une différence culturelle importante.

Aux États-Unis, les propriétaires disposent notamment des « Home Equity Loans », des HELOC, lignes de crédit garanties par le logement, ou encore du « cash-out refinancing ». Leur point commun est simple : permettre à un propriétaire de mobiliser une partie de la valeur accumulée dans son logement sans nécessairement le vendre.

En 2025, ICE estimait que les détenteurs américains de crédits immobiliers possédaient 17 600 milliards de dollars de valeur nette immobilière, dont 11 500 milliards étaient potentiellement mobilisables tout en conservant une marge de sécurité de 20 %. Rien qu’au premier trimestre 2025, près de 45 milliards de dollars avaient été retirés de cette valeur immobilière, tous mécanismes confondus.

Au Royaume-Uni, une autre forme de mobilisation du patrimoine immobilier s’est développée autour de l’« equity release », principalement destinée aux propriétaires âgés. En 2025, ce marché a représenté 2,57 milliards de livres de financements, en progression de 11 % sur un an. Plus de 99 % de ce marché est constitué de « lifetime mortgages ».

Ces produits ne sont pas directement comparables au prêt de trésorerie hypothécaire français. Ils démontrent néanmoins qu’ailleurs, utiliser son patrimoine immobilier comme support d’un financement est beaucoup plus largement accepté.

Les premières données dont nous disposons montrent au contraire un marché français beaucoup plus étroit et une offre encore concentrée auprès de quelques établissements spécialisés.

L’hypothèque n’est pas le prêt : c’est sa garantie

C’est probablement le premier malentendu à lever.

Une hypothèque n’est pas un financement. C’est une garantie donnée à l’établissement qui prête l’argent.

Lorsqu’une banque accorde plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros sur une durée longue, elle souhaite naturellement sécuriser sa créance. L’hypothèque lui confère une garantie sur un bien immobilier.

Mais l’emprunteur reste propriétaire de son bien. Il continue à l’occuper, à le louer ou à en disposer dans les conditions prévues par son financement.

Surtout, l’objectif économique d’une banque n’est évidemment pas de récupérer les biens immobiliers de ses clients. Son métier consiste à prêter de l’argent et à percevoir les intérêts correspondant à ce financement.

La réalisation de la garantie n’intervient qu’en cas de défaillance grave et persistante de l’emprunteur.

On peut donc considérer l’hypothèque comme une sorte d’épée de Damoclès. Elle existe, elle sécurise le prêteur et rappelle la nécessité de respecter ses engagements. Mais lorsque le crédit est normalement remboursé, elle n’a pas vocation à jouer.

Et comme pour tout crédit, l’existence d’une hypothèque ne dispense jamais la banque d’étudier la solvabilité de l’emprunteur. La valeur du patrimoine ne remplace pas la capacité de remboursement.

Un financement qui répond à des situations que les crédits classiques couvrent mal

C’est précisément là que le prêt hypothécaire retrouve tout son intérêt.

Certains besoins ne rentrent pas facilement dans les cases traditionnelles du crédit bancaire.

Un propriétaire peut avoir besoin d’une somme importante pour réaliser des travaux, financer une soulte, aider ses enfants, disposer d’un apport, réorganiser son patrimoine, investir, financer un projet professionnel ou simplement obtenir de la trésorerie.

Le prêt hypothécaire permet alors de s’appuyer sur un actif que l’emprunteur possède déjà.

Cette caractéristique peut notamment présenter un intérêt pour certains chefs d’entreprise. Leur patrimoine peut être conséquent alors que leurs revenus sont plus irréguliers que ceux d’un salarié. Selon le projet, la situation financière et les critères de l’établissement prêteur, la garantie immobilière peut permettre d’étudier des opérations qui correspondent mal aux financements bancaires standards.

Le prêt hypothécaire peut également répondre à certains besoins patrimoniaux : financement d’une soulte, SCI ou SCPI, travaux importants, projet familial, trésorerie ou succession.

Une solution particulièrement intéressante pour certains seniors

Le vieillissement de la population devrait également accélérer la réflexion autour de la mobilisation du patrimoine immobilier.

Selon les projections 2026 de l’Insee, les personnes âgées de 75 ans ou plus représenteraient 12,3 % de la population française en 2030, 16,5 % en 2050 et 19,3 % en 2070.

Or une partie importante de cette population possède son logement.

Le paradoxe est connu : on peut disposer d’un patrimoine immobilier important tout en ayant des revenus mensuels plus limités.

Les besoins, eux, ne disparaissent pas avec l’âge. Travaux d’adaptation du logement, aide aux enfants ou petits-enfants, dépenses liées à l’autonomie, acquisition d’une résidence mieux adaptée, donation, trésorerie ou réorganisation patrimoniale peuvent nécessiter des sommes importantes.

Certains prêts hypothécaires présentent également un intérêt supplémentaire pour les emprunteurs seniors : selon les produits et les établissements, l’assurance emprunteur n’est pas systématiquement exigée.

C’est un élément important lorsque l’âge ou l’état de santé rend l’assurance coûteuse ou difficile à obtenir.

À côté du prêt hypothécaire amortissable existe également le prêt viager hypothécaire, qui répond à une logique différente : le capital n’est généralement pas amorti mensuellement et le remboursement intervient notamment au décès ou lors de la vente du bien. Les deux solutions ne doivent donc pas être confondues.

9 000 milliards d’euros de patrimoine à transmettre : un changement majeur se prépare

Une autre transformation pourrait donner au financement hypothécaire une place beaucoup plus importante : la grande transmission patrimoniale.

Selon une estimation présentée au Sénat, le flux successoral cumulé pourrait dépasser 9 000 milliards d’euros entre 2025 et 2040. Le flux annuel de successions pourrait atteindre environ 677 milliards d’euros en 2040.

Une grande partie de ce patrimoine sera constituée d’immobilier.

Or recevoir un patrimoine ne signifie pas nécessairement recevoir des liquidités.

Un héritier peut parfaitement devenir propriétaire d’une maison, d’un appartement ou de plusieurs biens et devoir simultanément régler des droits de succession importants.

C’est précisément dans ce type de situation que le financement hypothécaire peut prendre tout son sens.

Financer les droits de succession sans vendre dans l’urgence

Prenons une situation simple.

Des héritiers reçoivent plusieurs biens immobiliers. Le patrimoine transmis possède une valeur importante, mais la succession génère des droits à régler et les héritiers ne disposent pas immédiatement des liquidités nécessaires.

Une première solution consiste à vendre rapidement un bien.

Mais vendre dans l’urgence n’est pas toujours une bonne solution.

Il faut trouver un acquéreur, négocier le prix, organiser la vente et parfois gérer une indivision entre plusieurs héritiers. Une vente précipitée peut conduire à accepter des conditions qui n’auraient pas été retenues avec quelques mois supplémentaires.

Sous réserve de l’étude du dossier et des conditions du prêteur, un financement garanti par l’un des biens peut permettre d’apporter les liquidités nécessaires.

L’hypothèque change alors complètement de fonction dans l’esprit de l’emprunteur.

Elle n’est plus une menace sur le patrimoine. Elle devient au contraire un outil permettant de préserver temporairement ce patrimoine et de donner du temps aux héritiers.

Ils peuvent ensuite décider sereinement de conserver certains biens, d’en louer d’autres ou d’organiser leur vente dans de meilleures conditions.

Le prêt hypothécaire peut ainsi devenir un véritable outil de gestion de la transmission patrimoniale.

Pourquoi la France pourrait progressivement changer de regard

Pendant des décennies, le modèle français a été relativement simple : acheter sa résidence principale, rembourser son crédit, puis conserver un bien totalement désendetté jusqu’à sa transmission aux enfants.

Cette culture patrimoniale reste profondément ancrée.

Mais les besoins évoluent.

Nous vivons plus longtemps. Le patrimoine immobilier représente une part importante de la richesse des ménages. Les besoins de financement continuent après 60 ou 70 ans. Les familles souhaitent parfois aider les générations suivantes avant leur succession. Les entrepreneurs ont des besoins de liquidité qui ne correspondent pas toujours aux crédits traditionnels. Et la grande transmission patrimoniale va multiplier les situations dans lesquelles des ménages seront riches en immobilier mais momentanément pauvres en liquidités.

Dans ce contexte, laisser plusieurs centaines de milliers d’euros immobilisés dans un bien tout en rencontrant un besoin de financement peut conduire à reconsidérer certaines habitudes.

C’est exactement ce qui s’est produit dans d’autres pays.

La France est probablement au début de ce mouvement.

Le prêt hypothécaire doit encore être dépoussiéré

Le principal obstacle n’est donc peut-être pas uniquement financier ou bancaire. Il est également culturel.

Le mot « hypothèque » conserve une connotation négative qui correspond mal à la réalité moderne de ces financements.

Un travail de pédagogie est nécessaire.

Il faut expliquer qu’une hypothèque est avant tout une garantie. Qu’elle ne transforme pas la banque en propriétaire du logement. Qu’elle n’empêche pas l’emprunteur de rester propriétaire de son patrimoine. Et surtout qu’un prêt hypothécaire reste un crédit soumis à une véritable analyse de solvabilité, à des règles réglementaires et à une politique de risque bancaire.

Le financement hypothécaire n’est donc ni un financement occulte, ni un moyen de contourner les règles habituelles du crédit.

C’est un outil financier.

Et comme tout outil, son intérêt dépend de la situation dans laquelle il est utilisé.

Cibfinance accompagne le développement de ces nouvelles solutions hypothécaires.

Le prêt hypothécaire restera probablement un financement spécialisé. Il n’a pas vocation à remplacer le crédit immobilier ou le crédit à la consommation traditionnel.

Mais son potentiel est important.

Vieillissement de la population, financement des seniors, besoins des entrepreneurs, transmission de patrimoine, droits de succession, soultes, travaux, investissements et besoin de liquidité : de nombreuses évolutions économiques et démographiques convergent aujourd’hui.

La France possède un patrimoine immobilier considérable. Elle a simplement moins développé que d’autres pays les solutions permettant de mobiliser cette richesse sans vendre.

Le retard français pourrait donc progressivement se réduire.

Chez Cibfinance, nous travaillons avec des établissements spécialisés dans le financement hypothécaire et accompagnons les courtiers et leurs clients dans l’étude de ces opérations particulières.

Car demain, la question ne sera peut-être plus seulement : « Pourquoi hypothéquer mon bien ? »

Elle pourrait de plus en plus devenir : « Pourquoi vendre mon patrimoine si je peux simplement en mobiliser temporairement une partie de la valeur ? »

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